Vous vous êtes fait un seul ami

3 Août 2008 – localisation : le bon vieux bureau du sous-sol

C’est une façon tellement gaie pour le Livejournal de m’accueillir. Surtout quand mon seul ami est mon autre moi. Ah, moi ! :)

Mais ce n’est pas vraiment ce à quoi je pensais ce soir du tout.

J’ai eu une longue journée aujourd’hui, une sans écrire du tout. Je ferai quand même mes 1000 mots ce soir, mais je les ferai tard, quand le reste de mon monde est endormi.

Aujourd’hui je me suis dévouée à l’autre moitié de ma vie. Une de mes petites-filles m’a aidé à dénoyauter un saladier immense rempli de cerises que mon autre petite-fille m’a aidé à cueillir le jour précédent. Puis nous avons couru les boutiques pour lui trouver un survêtement noir et des gants roses pour son rôle de Taupe dans le spectacle du centre aéré. Nous avons aussi acheté des donuts et nous sommes rentrées chez elle, où son père et notre voisin étaient en train d’installer de la moquette dans sa chambre. Là-bas nous avons récupéré sa sœur, et nous sommes reparties chez moi pour installer un nouveau logiciel sur le vieil ordinateur des enfants. La Piste de l’Oregon et le Château de Cendrillon. Puis l’aînée est partie avec son père acheter de la tapisserie pour les murs de sa chambre, et la plus jeune m’a aidé à faire une tarte à la cerise et une marmite de confiture cerise-myrtille.

Et nous avons vraiment passé un bon moment aujourd’hui, à faire des choses ordinaires. Ce qui m’a amenée à me demander pourquoi j’ai décidé d’être écrivain.

Être écrivain, pour moi, a toujours signifié que ma vie est divisée. Il y avait la partie de la journée dédiée à la tenue de la maison qui va de pair avec la vie de jeune mariée avec des enfants. Et puis il y avait la partie où je travaillais en dehors de la maison pour ramener un peu d’argent. Et il y avait la partie où j’avais enfin du temps pour m’asseoir devant le clavier et coucher quelques mots sur le papier.

Les premières années où j’essayais d’être un ‘vrai’ écrivain, depuis l’âge de 18 ans, ce temps était volé. Il était pris le plus souvent sur du temps de sommeil ou de ménage. Je glissais des moments entre les autres activités, lors de pauses à mon travail de serveuse au restaurant Sambo’s Pancake, ou assise par terre près de la baignoire pendant que mes enfants se lavaient et éclaboussaient tout, ou en écrivant dans un carnet à spirales pendant que les enfants faisaient inlassablement le tour de la patinoire. Je n’avais jamais assez de temps pour écrire autant que je le souhaitais.

Je n’ai toujours pas assez de temps pour écrire autant que je le souhaite. Je me souviens encore quand je détestais devoir m’arrêter pour manger, parce que je savais que j’aurais pu passer ce temps à écrire. Je me souviens avoir écrit des poèmes sur la perte de temps qu’était le sommeil. Parfois, je le pense encore.

Être écrivain a toujours impliqué, tout au long de ma vie, qu’il y ait un fond d’angoisse et de frustration accolé à tout ce que je faisais d’autre. Peu importe combien de mots je mettais sur le papier, je souhaitais toujours être libérée des tâches ménagères et des petits boulots, et, oui, même de la lourde tâche de l’éducation des enfants, pour pouvoir simplement écrire.

Je me souviens, au début des années 70, quand nous vivions en Idaho, il y avait ce gros panneau publicitaire devant lequel je devais passer tous les jours pour aller au travail. C’était un message de l’Eglise des Saints du Jugement Dernier. L’image montrait une femme en tailleur qui sortait de la maison avec une mallette à la main, pendant que ses enfants, les yeux tristes, fixaient des yeux la porte par laquelle elle était partie. Le commentaire en gros lettrage disait : « Aucun Succès Ne Peut Compenser l’Echec Dans Le Foyer »

J’avais une vingtaine d’années à l’époque, un mari, un enfant en bas âge et un travail. Et je voulais écrire. Parfois il m’arrivait de regarder le panneau quand je passais devant en voiture, de penser à mon écriture et de me dire, « à quel prix ? Quand est ce que ça ne vaut plus le coup d’essayer de trouver des moments perdus pour coucher des mots sur le papier ? »

Ce soir, alors que je finissais ma journée, en train de nettoyer la cuisine, et de faire une liste des choses à faire demain (faire les comptes du chéquier, faire un virement bancaire, prendre rendez-vous chez le médecin, enlever les mauvaises herbes des fleurs) je me demandais ce que ma vie aurait été si je n’avais pas toujours ajouté mentalement « et écrire un livre » à cette liste. Ça n’aurait pas dérangé mon mari. Il ne m’a même jamais poussé à avoir un travail en dehors de la maison, encore moins à être un écrivain sur mon temps libre. J’aurais pu choisir simplement d’être une femme au foyer, avec les enfants, la maison et le jardin. J’aurais eu beaucoup moins de sources de stress dans ma vie si j’avais fait ce choix.

Ou bien, et si j’avais eu un travail normal, huit heures par jour, une-fois-que-la-journée-est-finie-je-n’y-pense-plus, ce genre de job ? Un emploi où je recevrais une paie prévisible, pour une tâche déterminée. J’ai eu ces emplois—j’ai servi dans des restaurants, distribué du courrier, vendu des composants électroniques et des vêtements.

Mais pendant tous les moments où je faisais ces choses, je brûlais toujours de rentrer chez moi et de m’asseoir devant la machine à écrire. Combien ma vie aurait-elle été plus paisible et agréable si je n’avais pas eu des histoires qui me rongeaient comme de l’acide en essayant de sortir ? Quel effet ça aurait fait de rentrer à la maison, de dîner, de ranger la cuisine, de regarder la télévision et de s’endormir ? C’est une vie que je n’ai jamais eue.

« Deux routes divergeaient dans un bois jaune … »
(« Two roads diverged in a yellow wood… » tiré d’un poème de Robert Frost, The Road Not Taken)

C’est un drôle de sujet de réflexion pour une fin de journée.


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Miam, de la confiture

28 Juillet 2008 – localisation : Tacoma – humeur : occupée

Aujourd’hui, nous avons mélangé des myrtilles, des pêches et quelques framboises pour utiliser les dernières myrtilles des vignes.

Faire de la confiture, c’est extraordinairement simple. Doser les fruits écrasés et le sucre. Mettre les fruits et la pectine dans une casserole, l’amener à ébullition, puis verser le sucre. Quand le contenu se met à bouillir franchement, le laisser pendant une minute, puis le verser rapidement dans les bocaux propres et chauds, et les sceller. C’est très satisfaisant de produire 24 bocaux de confiture si rapidement. Toute la maison sent une odeur merveilleuse. Et nous avons eu la chance de profiter de quelques jours plus frais pour faire tout ça. Les couleurs des différentes confitures sont très jolies. La pêche est dorée, et le mélange framboise/pêche a donné un rouge écarlate.

Quand les couvercles des bocaux se bombent, vous savez que c’est hermétiquement fermé. Alors je les étiquette, et je les range sur l’étagère dans le garage.

Seulement cette fois, ma fille adolescente m’a précédée. Je suis revenue pour trouver le mélange framboise/pêche étiqueté « Confiture du sang de nos ennemis, 2008 ».

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne pense pas que je vais donner ces bocaux dans les paniers de Noël…

Megan


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Vieilles habitudes

27 Juillet 2008 – localisation : le bureau du sous-sol à Tacoma – humeur : penseuse

Cette économie vous semble-elle familière ? En tout cas, à moi oui !

Et je me retrouve à revenir à de vieilles habitudes et manières de penser. La conservation. Soudain je prends l’habitude d’éteindre les lumières. Pas de robinet qui goutte. J’organise mes courses de manière à économiser de l’essence. Je marche plus. Je fais plus de vélo. Je cuisine plus souvent. Je bois l’eau du robinet glacée au lieu de l’eau en bouteille. J’ai même planté plus de fruits et légumes dans mon potager cette année. Des tomates, des concombres, des haricots. Chaque année je fais de la confiture avec les baies et les fruits que je fais pousser, mais cette année j’ai reçu plus de demandes de la part de ma famille et de mes amis. Aujourd’hui j’ai acheté deux caisses en plus de pots à confiture. Jusque là, j’ai fait de la confiture de cerises et baies mélangées. J’ai mis les myrtilles au congélateur et demain je ferai de la confiture de myrtilles. Je suis revenue à l’éthique de ma mère qui consiste à mettre un peu de l’abondance d’aujourd’hui de côté pour les lendemains.

Et, ce faisant, je suis surtout un peu déconcertée de m’en être autant éloignée.

Mes parents viennent de l’époque de la Grande Dépression et des pénuries en Angleterre pendant la seconde Guerre Mondiale. J’ai grandi dans une maison où les choses étaient réparées et conservées, et non pas jetées pour le ‘nouveau modèle amélioré’. Les vêtements étaient raccommodés et transmis aux frères et sœurs plus jeunes, ou aux cousins. Les voitures étaient réparées, souvent sur la route devant la maison. Si une radio cessait de fonctionner, on en ouvrait l’arrière pour voir si un fil ne s’était pas desserré, ou si un des joints de soudure n’avait pas lâché. Et nous n’étions pas les seuls. La plupart de nos voisins et amis faisaient de même. Les premières années de mon mariage, quand les finances étaient serrées, j’étais fière de la manière dont je me débrouillais. À partir d’un poulet entier je faisais du poulet rôti un soir, des sandwiches au poulet le lendemain, et de la soupe de poulet le jour d’après. Les restes de légumes servaient pour faire du bouillon. Les croûtons de pain devenaient du pudding, ou étaient intégrés dans le pain de viande. Les vieux jeans servaient à faire des raccords, des chiffons et des duvets. Nous fumions et mettions en conserve notre saumon et notre viande de chevreuil, produisions nos confitures et nos sirops, et faisions pousser une bonne partie de nos légumes.

Mais d’une certaine façon, au cours du temps, alors que les enfants grandissaient et que nos revenus augmentaient, je suis devenue bien plus négligente. J’ai gaspillé de la nourriture d’une manière qui aurait fait se dresser les cheveux de ma mère sur sa tête. J’ai conduit les enfants à des endroits où ils auraient dû se rendre à pied ou à vélo. Je me suis débarrassée de vêtements que ma mère aurait raccommodés ou réutilisés. Je l’ai fait parce que je pouvais le faire. Je pouvais me permettre de gaspiller. J’ai vu tellement d’autres personnes faire de même que ça a commencé à me paraître normal. Ça ne me semble pas très admirable, maintenant que je m’arrête pour y penser.

Étrange de le dire, ça fait du bien de se remettre à l’économie. Comme si c’est là que j’aurais dû rester. Peut-être que c’est le gêne de petite vieille qui devient actif !

Peut-être qu’avant que tout soit fini, nous serons contents d’être revenus à certaines de nos anciennes habitudes. J’avoue ne pas être à l’aise quand je me demande quels vont être les prix de l’huile de chauffage cet hiver. Ils ne vont pas être moins chers, ça c’est sûr. Il est temps de repenser aux rideaux isolants, de vérifier le filtre de la chaudière, de nettoyer les canalisations et de re-isoler les ouvertures de la maison. Temps de racheter des sweaters à porter dans la maison, et une couverture pour le canapé pour regarder la télévision confortablement. Se pelotonner contre votre mari ou vos enfants n’est pas franchement une sinécure !

D’après ce que j’ai lu dans les journaux, les champs ont vraiment pris un coup cette année à cause du temps. Et auparavant, beaucoup de maïs a été dérivé de la chaîne d’alimentation pour en faire de l’éthanol. Ce qui m’amène à une autre question dérangeante. Quand le prix du grain augmente comme c’est le cas, le prix du pain, des céréales et des pâtes augmente. Il s’agissait des aliments bon marché, les aliments que les mères de familles pouvaient utiliser pour enrichir un repas. Regardez les recettes de l’époque de la Dépression, et vous en trouverez de nombreuses à base de céréales. Alors je me demande quels vont être les aliments bon marché de cette décennie. Les pommes de terre ? Les courges ? Les navets ? :) Ce soir à l’épicerie, une boîte de macaronis au fromage, les préférés des enfants, était vendue 1$. Même chose pour un paquet de riz tout fait. Le prix du pain a augmenté. Le prix des céréales continuant à augmenter, ce sera également le cas du bœuf et du poulet, parce que les vaches et les poulets mangent du grain.

Alors, je suppose qu’il est temps de se remettre à réfléchir. De prévoir. De partager avec ses voisins.

Une économie qui se durcit pourrait être une bonne chose pour moi, en fait.


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5000 MOTS À PROPOS DE MOI

Écrit à l’origine pour être inclus au fanzine « Alienisti » pour le Finncon de 2004 (convention de science-fiction finlandaise)

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Les secrets de ma bibliothèque

23 Juillet 2008

Elle prend une place intimidante dans la maison. À chaque étage, il y a au moins trois étagères. Ici dans mon bureau, il y en a cinq. Dans le salon, trois. Trois au premier dans la chambre. Ce sont de grosses bibliothèques, hautes, et remplies à ras bord. Certaines sont remplies sur plusieurs couches de profondeur. Certains des livres sont les miens, d’autres sont des livres que je n’ai jamais lus, car ils appartiennent à d’autres membres de la famille. Certains semblent avoir simplement apparus ici. Parfois, j’en sors un étrange de l’étagère, je le lis et demande, « à qui est-ce ? C’est une histoire vraiment bien. »

Et parfois, personne ne semble savoir. Le livre est juste apparu là.

Ça me plait.

Certains de ces livres ne sont que des visiteurs ici. Ils appartiennent à mes enfants, qui viennent, ou s’en vont, ou vivent dans un appartement trop petit pour abriter leurs livres. Alors les livres viennent vivre ici, pour être libérés des cartons de déménagement, et se retrouver serrés sur des étagères. Là, ils se cachent, vagabondent, et se mélangent avec les autres genres existants. Parfois ils partent en visite chez des amis. Certains ne reviennent jamais. Certains habitent ici depuis tellement longtemps qu’ils ont oubliés à qui ils appartenaient à l’origine.

Et certains d’entre eux ont des secrets.

Prenez, par exemple, l’Anthologie de la Nouvelle de Fiction de Norton. Je l’ai sorti de l’étagère un soir il y a quelques jours, dans l’intention de retrouver une citation dans une nouvelle dont je ne me souvenais qu’à moitié de l’histoire. Le livre s’est ouvert sur Une visite à des amis d’Anton Chekov.

Et une poignée d’images pornographiques, entre neuf et une douzaine, ont cascadé sur le sol. Elles se trouvaient là depuis un moment et avaient fait leur trou, un petit élargissement dans la reliure, et ainsi le livre s’ouvrait naturellement sur cette histoire et les libérait.

Je me suis arrêtée et je les ai rassemblées, partagée entre la gène, l’horreur et la fascination. Je me suis rendue compte que je me pressais, de peur que quelqu’un n’entre dans le salon et ne me trouve à genoux, en train de rassembler de la pornographie. Et suppose qu’elle m’appartient ? Bien sûr que non ! Mais, tout de même, je me suis dépêchée de les réunir. Que faisaient-elles dans l’anthologie, d’ailleurs ? D’où sont-elles venues ? Aucune n’était plus large que ma main. Elles avaient toutes été soigneusement découpées dans des magasines. Deux d’entre elles n’étaient pas pornographiques ; ce n’étaient que des images de femmes habillées de tenues de créateurs follement rayées. Une des images représentait un dessin d’une femme fessant le derrière nu d’une autre, dans un style très dépassé, comme pour lui donner un côté parodique. Parmi les autres, certaines étaient des dessins de magasines et d’autres des photographies. La plupart étaient en noir et blanc. Quelques-unes n’étaient même pas imprimées sur du papier glacé. Certaines étaient soft, et d’autres des prises de vues d’entrejambes sans fioritures. Fait assez troublant, sur les photographies d’entrejambes, quelqu’un avait mis en valeur la région vaginale en la coloriant avec un stylo ou un crayon, comme pour délimiter exactement ce qui était le plus important dans l’image.

Il y a aussi une carte en 3x5 cm avec un mot à propos d’un samedi soir, de 15 heures et du théâtre Clark’s Studio au 7ème étage. Une allusion griffonnée à Julliard.

La dernière image est une photographie. Une femme est assise à un bureau de classe. La photo ne montre que ses jambes et ses pieds sous le bureau. Elle porte une jupe courte et ses jambes sont légèrement ouvertes, mais on ne voit pas vraiment quelque chose. Mais là encore, un stylo s’est appliqué à gratter l’endroit sombre sous la jupe, comme pour dessiner ce que l’objectif n’avait pu apercevoir. Au dos de la photographie, un petit mot a été écrit. Ça dit, ‘Je suis tellement chaude que ça brûle. John, tu voudrais bien éteindre mon feu?’

Je me sens vaguement honteuse après avoir lu ceci. Je suis en train de farfouiller à travers les souvenirs privés de quelqu’un, ou ses œuvres de séduction, enfin quelque chose. Je regarde la couverture du livre. Il appartient à ma fille aînée, probablement du temps de ses années d’études. Mais elle l’a acheté d’occasion. Son propriétaire précédent pensait suffisamment de ses livres pour avoir utilisé un tampon afin d’imprimer son nom et ses initiales sur un cachet à la première page du livre. Son prénom n’est pas John. Je suspecte qu’il était le premier acquéreur, pour prendre le temps de tamponner son nom à l’intérieur. Mais évidemment, il n’en était pas le dernier.

Je suis suffisamment curieuse pour taper son nom dans Google. Est-il un photographe, un artiste, un acteur, une star de porno ? Non. Il n’est Persoonne, selon Google.

Je mets les images et les mots dans un sac plastique. La fois suivante où je vois ma fille, je lui demande si ce sont les siennes. Elle est outrée, horrifiée, scandalisée et elle rit hystériquement, tout ça en moins d’une minute. Non. Elle ne les a jamais vues auparavant. Non, la carte en 3x5 cm n’est pas à elle. Ce n’est pas son écriture, et elle n’est jamais sortie avec un « John ». Ce ne sont pas ses jambes sous le bureau non plus.

Alors. C’est un mystère, un petit mystère. Un jour vers la fin des années 70 ou au début des années 80, quelqu’un a découpé des images pornographiques pour son petit ami et d’une façon ou d’une autre elles ont été laissées à l’intérieur du livre de quelqu’un d’autre chez le bouquiniste. C’est une lecture possible des choses.

Je vais pour jeter les images, et puis ne peux pas. Pourquoi ? Parce que ce sont des morceaux de puzzle. Parce qu’elles sont coupées de manière démodée, aussi proprement que sont découpées au cutter les images sorties des magasines cochons. Prises toutes ensembles, elles ont un jour signifié quelque chose pour quelqu’un.

Je teste mon impulsion sur la sympathie de ma fille. « Jette-les », je lui suggère. « Je ne veux pas que les enfants tombent là-dessus quand ils cherchent un exemplaire de « Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek »

Elle les prend, les tient dans sa main et à l’air perplexe pendant un moment. « On va juste les jeter ? »

Je laisse la question en suspens, sans dire le ‘Pourquoi pas ? ‘ ou ‘Qu’est ce qu’on en ferait d’autre ?’.

« Parce ce que ça ne semble pas être la chose à faire… »

Mais aucune d’entre nous ne peut dire ce qu’est la chose à faire.

Alors ce soir, dans mon bureau, je les ai mises dans un sac en plastique comme si j’emballais et j’étiquetais un artefact trouvé lors d’une fouille archéologique. Que sont-elles ? Le fantasme de quelqu’un, sa séduction ? Elles représentent peut être l’incarnation papier du désir d’un étudiant. Un message dans une bouteille non intentionnel, qui a surgi tranquillement de sa planque dans une anthologie de nouvelles, où il se trouvait depuis peut-être un quart de siècle.

Où es-tu maintenant, John ? As-tu jamais trouvé le moyen d’éteindre ce feu ? Est-ce que ces morceaux de papiers te réchaufferaient par leurs souvenirs ? Ou est-ce que la fille assise derrière le bureau aurait un mouvement de recul face aux mots qu’elle a écrit ? Est-elle mère maintenant, grand-mère ?

J’ai posé le sac de porno précautionneusement au fond du tiroir de mon bureau.

Je n’irai pas chez le bouquiniste demain pour leur trouver une nouvelle planque. Je ne choisirai pas un gros livre obscur et cher pour les y cacher.
Je ne relâcherai pas ce petit mystère dans le courant pour que quelqu’un d’autre les découvre 25, 30 ou 50 ans après.

Non. Pas moi.

Pas mes images cochonnes.

http://meganlindholm.livejournal.com/?skip=20#entry_871

Les écrivains et le Google Book Settlement (règlement à l’amiable de Google Recherche de livres)

13 Avril 2009 – localisation : gelée dans mon bureau du sous-sol


Vous êtes un écrivain publié ? Vous avez écrit un livre publié avant mai 2009, ou une de vos nouvelles a été incluse dans un tel livre ? Vous avez écrit une introduction, une préface ou autre ‘encart’ dans un livre publié ? Êtes-vous le traducteur d’un livre ? Êtes-vous un petit éditeur, ici aux Etats-Unis ou en dehors ? Êtes-vous l’héritier d’un écrivain qui a écrit des livres publiés avant mai 2009 ?

Alors, vous avez besoin de vous instruire sur Google Book Settlement. http://www.googlebooksettlement.com/ Parce qu’il vous concerne.

Je ne suis PAS une experte là-dessus. Je trouve mon chemin dans les méandres du Google Book Settlement un pas à la fois. Je ne suis pas là pour vous offrir des conseils sur ce que vous devriez faire, ou sur comment vous devriez le faire. Je suis perturbée par le nombre de personnes parmi mes amis écrivains qui ignorent complètement l’existence du Google Book Settlement. Alors j’essaie de faire passer le mot aux autres écrivains qu’il faut qu’ils se renseignent là-dessus.

Vous pouvez lire sur le sujet ici : http://www.googlebooksettlement.com/r/view_summary_notice C’est l’avis sommaire en format pdf. Je vous recommande de le télécharger, de le sauvegarder, et de le lire.

Trop fainéant pour lire tout ça ? Je vous mets l’histoire, en gros, ici. Google a scanné plusieurs bibliothèques pleines de livres. Bonne intention : celle de rendre les livres des bibliothèques facilement accessibles au public. Mauvaise conséquence : ils ont scanné des travaux sous copyright aussi bien que les anciens textes, du domaine public, et ceux en rupture de stock. Ils n’ont demandé l’autorisation d’aucun détenteur des droits. La Guilde des Auteurs a entamé une action légale en protestation. Les éditeurs étaient mécontents. Google a offert un règlement à l’amiable, sans passer par un tribunal, sans admettre aucune faute. Le règlement à l’amiable a obtenu un consentement préliminaire.

Pourquoi avez-vous besoin d’être au courant de ça si vous êtes un écrivain ? Parce que le 5 mai 2009 est la date limite pour choisir d’opter contre ce règlement à l’amiable. Si vous n’optez pas ‘contre’, il est alors considéré que vous ‘optez pour’, et que vous acceptez les termes du règlement à l’amiable.

Si vous n’optez pas ‘contre’, vous perdez la possibilité d’attaquer Google en justice pour avoir scanné vos œuvres sous copyright et pour les avoir rendues disponibles.

Ne faites rien, et vous avez ‘opté pour’. Vous ne pouvez pas décider d’attaquer Google plus tard. En nous vous faisant pas entendre, vous acceptez les termes du règlement à l’amiable.

Je sais. Je trouve aussi que ça marche à l’envers. Mais c’est comme ça. Je vais vous laisser un moment pour injurier l’écran, taper du pied, aller sur le site, vous renfrogner en le lisant, faire une crise et revenir. Mais revenez, parce qu’il y a encore des choses que vous devez savoir.

OK. Vous êtes calmés maintenant ? Écoutez. Maintenant il faut aller sur le site du Google Book Settlement https://www.google.com/a/gbss.google.com/ServiceLogin?service=gbss&continue=http://www.googlebooksettlement.com/r/login%3Fcontinue%3Dhttp://www.googlebooksettlement.com/r/view_claims&hl=en et vous inscrire. Donnez leur vos informations basiques, prenez un nom d’utilisateur et un mot de passe. Ensuite vous devez revendiquer vos œuvres et autres ‘encarts’. ‘Revendiquer’ signifie ici que vous devez faire une recherche sur le site ou produire la liste de tous les livres et nouvelles que vous avez écrits, et que vous les revendiquiez comme vôtres officiellement sur le site. Les ‘encarts’ sont ce que nous appellerions les ‘histoires dans un livre’. Ou une préface, une introduction, une postface, ou tout autre morceau de texte dans un livre. Pas les images, à moins qu’il ne s’agisse d’un livre pour enfants. Auquel cas les illustrations comptent aussi.

Ensuite, après les avoir revendiquées, vous avez jusqu’au 5 mai 2009 pour ‘opter contre’, et garder votre droit d’attaquer Google intact.

Si vous ne faites rien, vous avez ‘opté pour’.

Si vous vous inscrivez, revendiquez vos travaux, et optez officiellement ‘pour’, alors vous pouvez toucher un peu d’argent dans cette histoire. 60$ par livre, et 15$ par nouvelle. Si vous optez pour, vous avez alors jusqu’à janvier 2010 pour revendiquer vos œuvres. Vous ne recevrez ce dédommagement que si Google a déjà scanné vos œuvres sous copyright avant mai 2009. Ça ne veut pas dire que Google va cesser de scanner des livres à partir de cette date. Ça veut seulement dire qu’ils ne paieront que pour les livres qu’ils ont déjà scanné sans permission.

Maintenant, je ne vous ai donné que les bases de l’affaire. Si vous êtes écrivain, je pense qu’il est nécessaire que vous vous renseigniez sur cette histoire et que vous décidiez ce que vous comptez faire. Ici il y a une liste des questions les plus fréquemment posées. Lisez le entièrement et attentivement. http://www.googlebooksettlement.com/help/bin/answer.py?answer=118704&hl=fr

C’est une affaire trop grosse et trop compliquée pour que je puisse en faire le tour sur une petite page de blog. Mais c’est important. Cela va affecter de nombreuses personnes de ma connaissance.

Alors lisez le règlement à l’amiable. Parlez avec votre éditeur, votre agent, votre association d’écrivains, vos collègues. Optez pour, optez contre, faites ce qui vous semble le mieux pour vous. Soyez conscients que votre éditeur peut également opter pour ou contre. Tenez vous au courant de ce qui est en train de se passer. Ne laissez pas ceci passer vous passer au-dessus, parce que cela vous concerne en tant qu’écrivain.

Mettez vous au courant. Et faites un choix éclairé.

Je ne suis pas qualifiée pour répondre à des questions précises sur le sujet. Je suis juste un écrivain affectée par cette affaire. J’ai moi-même de nombreuses questions, je les ai soumises au site et j’attends les réponses. Je pense que c’est un Gros Truc. Je pense que si vous êtes écrivain, traducteur, éditeur, illustrateur de livres pour enfants, ou l’héritier de l’une de ces personnes, vous devez vous informer sur ce sujet.

Bonne chance.

Robin

http://robin-hobb.livejournal.com/#entry_8885

Dragon Keeper passe une autre étape importante.

6 Avril 2009 – localisation : le bureau du sous-sol – humeur : diligente

Bon, j’ai terminé Dragon Keeper.

Oui, encore. :)

L’objet de cette finition consistait à passer en revue les galères préliminaires à la recherche d’erreurs. Les galères sont des impressions du manuscrit reprenant la mise en page d’un livre. Avec le titre du livre, la tête de chapitre, le numéro de la page, comme il le sera quand il sortira avec sa couverture. C’est la toute dernière opportunité pour l’auteur et l’éditeur de trouver des fautes. Alors, je ne le fais pas à la légère. Je lis minutieusement avec un marque-page, ligne par ligne, mot par mot, personnage par personnage. Et je trouve des erreurs de ma création.

Comme un paragraphe où j’ai changé le nom d’un personnage.

Et un où le sexe du personnage change brièvement.

Et de petites choses, telles que changer un ‘le’ en ‘la’. Vérifier si ‘enjambées’ est bien un mot. Ouaip. C’est un mot. Je ne suis pas sûre pour ouaip, mais enjambées est définitivement un mot.

Alors je me suis installée pendant trois jours, des post-it à la main, et j’ai relu tout le livre, encore une fois. Chaque fois que je trouvais une erreur, je le notais sur un post-it et le collait à la page de manière à ce qu’il dépasse du manuscrit. Dans ‘l’ancien temps’, j’aurais écrit proprement les corrections dans la marge et l’aurait renvoyé, par avion express, à l’éditeur. Maintenant je m’assois et je compose un email qui recense tout les changements ainsi :

Page 15, ligne 27 Changer dragon en dragons

J’avais quatre pages de corrections séparées par des lignes de cette manière. Et même alors que je les envoie, je sais que, comme toujours, il y aura des petites erreurs qui échapperont à mon éditeur et moi-même. C’est juste comme ça. L’œil voit ce qu’il s’attend à trouver sur la page, et j’ai lu ce livre tellement de fois maintenant que j’en ai carrément mémorisé des passages entiers.

Un mot à ceux auxquels ces choses importent. Je pense que j’ai utilisé le mot ‘écervelé’ trop souvent. Faites moi savoir ce que vous en pensez quand vous le lirez.

À minuit hier soir, j’ai envoyé mon email de corrections, et je me suis dit, encore une fois, « hé bien, c’est terminé, alors ».

Mais avec l’écriture, ce n’est jamais terminé. Le procédé de la finition de ce livre est toujours chevauché par le commencement du prochain et la fin de la finition du précédent. Il y a toujours du travail d’écriture à faire.

Aujourd’hui, tôt le matin, j’ai envoyé la même liste de corrections à l’éditeur néerlandais, afin que lui et les deux traducteurs puissent rattraper les erreurs que je leur ai transmis.

Ce soir, je m’immerge à nouveau dans le volume deux de Chronicles, intitulé Dragon Haven. (Le refuge des dragons, ndlt)

Demain, à dix heures, je vais remonter dans le temps et dans un livre antérieur, en m’entretenant avec Recorded Book sur les prononciations correctes des noms et des mots particuliers dans Renegade’s Magic (Le soldat Chamane, ndlt) pour le livre audio.

Collée au mur, il y a un mot de Gardner, me rappelant que bien que la deadline pour cette histoire soit en Octobre, il espère réellement que tous les auteurs auront terminé des mois avant.

Un autre pense-bête me dit que je serai au ConestogaCon très bientôt. Est-ce que je ne devrais pas commencer à penser à me faire couper les cheveux, et à trouver une paire de jeans propres à mettre dans ma valise ?

Et jonchant l’emploi du temps ordonné d’un écrivain, épais comme les feuilles tombées autour des arbres d’une forêt, il y a les bouts de ma vie réelle. Pâques. Spring Break. Envoyer telle fille aux Nationales à Atlanta avec son équipe F.I.R.S.T.. Trouver une robe de première communion et un cadeau pour telle petite-fille. Désherber le fraisier. Faire tourner quatre lessives. Couper les tuteurs morts du framboisier et attacher ceux de cette année. Visiter mon fils dans sa maison et monter dans son gros prunier ancien pour lui montrer quelles branches je couperais si je l’élaguais. Puis couper ces branches. Prendre rendez-vous avec le comptable pour régler enfin cette histoire. Comparer le chéquier avec les relevés de banque. Jouer aux Legos avec mon petit-fils.

D’une manière ou d’une autre, tout tient ensemble. Et je ne voudrais l’échanger pour aucune autre vie.

Robin


http://robin-hobb.livejournal.com/#entry_8501