Vous vous êtes fait un seul ami

3 Août 2008 – localisation : le bon vieux bureau du sous-sol

C’est une façon tellement gaie pour le Livejournal de m’accueillir. Surtout quand mon seul ami est mon autre moi. Ah, moi ! :)

Mais ce n’est pas vraiment ce à quoi je pensais ce soir du tout.

J’ai eu une longue journée aujourd’hui, une sans écrire du tout. Je ferai quand même mes 1000 mots ce soir, mais je les ferai tard, quand le reste de mon monde est endormi.

Aujourd’hui je me suis dévouée à l’autre moitié de ma vie. Une de mes petites-filles m’a aidé à dénoyauter un saladier immense rempli de cerises que mon autre petite-fille m’a aidé à cueillir le jour précédent. Puis nous avons couru les boutiques pour lui trouver un survêtement noir et des gants roses pour son rôle de Taupe dans le spectacle du centre aéré. Nous avons aussi acheté des donuts et nous sommes rentrées chez elle, où son père et notre voisin étaient en train d’installer de la moquette dans sa chambre. Là-bas nous avons récupéré sa sœur, et nous sommes reparties chez moi pour installer un nouveau logiciel sur le vieil ordinateur des enfants. La Piste de l’Oregon et le Château de Cendrillon. Puis l’aînée est partie avec son père acheter de la tapisserie pour les murs de sa chambre, et la plus jeune m’a aidé à faire une tarte à la cerise et une marmite de confiture cerise-myrtille.

Et nous avons vraiment passé un bon moment aujourd’hui, à faire des choses ordinaires. Ce qui m’a amenée à me demander pourquoi j’ai décidé d’être écrivain.

Être écrivain, pour moi, a toujours signifié que ma vie est divisée. Il y avait la partie de la journée dédiée à la tenue de la maison qui va de pair avec la vie de jeune mariée avec des enfants. Et puis il y avait la partie où je travaillais en dehors de la maison pour ramener un peu d’argent. Et il y avait la partie où j’avais enfin du temps pour m’asseoir devant le clavier et coucher quelques mots sur le papier.

Les premières années où j’essayais d’être un ‘vrai’ écrivain, depuis l’âge de 18 ans, ce temps était volé. Il était pris le plus souvent sur du temps de sommeil ou de ménage. Je glissais des moments entre les autres activités, lors de pauses à mon travail de serveuse au restaurant Sambo’s Pancake, ou assise par terre près de la baignoire pendant que mes enfants se lavaient et éclaboussaient tout, ou en écrivant dans un carnet à spirales pendant que les enfants faisaient inlassablement le tour de la patinoire. Je n’avais jamais assez de temps pour écrire autant que je le souhaitais.

Je n’ai toujours pas assez de temps pour écrire autant que je le souhaite. Je me souviens encore quand je détestais devoir m’arrêter pour manger, parce que je savais que j’aurais pu passer ce temps à écrire. Je me souviens avoir écrit des poèmes sur la perte de temps qu’était le sommeil. Parfois, je le pense encore.

Être écrivain a toujours impliqué, tout au long de ma vie, qu’il y ait un fond d’angoisse et de frustration accolé à tout ce que je faisais d’autre. Peu importe combien de mots je mettais sur le papier, je souhaitais toujours être libérée des tâches ménagères et des petits boulots, et, oui, même de la lourde tâche de l’éducation des enfants, pour pouvoir simplement écrire.

Je me souviens, au début des années 70, quand nous vivions en Idaho, il y avait ce gros panneau publicitaire devant lequel je devais passer tous les jours pour aller au travail. C’était un message de l’Eglise des Saints du Jugement Dernier. L’image montrait une femme en tailleur qui sortait de la maison avec une mallette à la main, pendant que ses enfants, les yeux tristes, fixaient des yeux la porte par laquelle elle était partie. Le commentaire en gros lettrage disait : « Aucun Succès Ne Peut Compenser l’Echec Dans Le Foyer »

J’avais une vingtaine d’années à l’époque, un mari, un enfant en bas âge et un travail. Et je voulais écrire. Parfois il m’arrivait de regarder le panneau quand je passais devant en voiture, de penser à mon écriture et de me dire, « à quel prix ? Quand est ce que ça ne vaut plus le coup d’essayer de trouver des moments perdus pour coucher des mots sur le papier ? »

Ce soir, alors que je finissais ma journée, en train de nettoyer la cuisine, et de faire une liste des choses à faire demain (faire les comptes du chéquier, faire un virement bancaire, prendre rendez-vous chez le médecin, enlever les mauvaises herbes des fleurs) je me demandais ce que ma vie aurait été si je n’avais pas toujours ajouté mentalement « et écrire un livre » à cette liste. Ça n’aurait pas dérangé mon mari. Il ne m’a même jamais poussé à avoir un travail en dehors de la maison, encore moins à être un écrivain sur mon temps libre. J’aurais pu choisir simplement d’être une femme au foyer, avec les enfants, la maison et le jardin. J’aurais eu beaucoup moins de sources de stress dans ma vie si j’avais fait ce choix.

Ou bien, et si j’avais eu un travail normal, huit heures par jour, une-fois-que-la-journée-est-finie-je-n’y-pense-plus, ce genre de job ? Un emploi où je recevrais une paie prévisible, pour une tâche déterminée. J’ai eu ces emplois—j’ai servi dans des restaurants, distribué du courrier, vendu des composants électroniques et des vêtements.

Mais pendant tous les moments où je faisais ces choses, je brûlais toujours de rentrer chez moi et de m’asseoir devant la machine à écrire. Combien ma vie aurait-elle été plus paisible et agréable si je n’avais pas eu des histoires qui me rongeaient comme de l’acide en essayant de sortir ? Quel effet ça aurait fait de rentrer à la maison, de dîner, de ranger la cuisine, de regarder la télévision et de s’endormir ? C’est une vie que je n’ai jamais eue.

« Deux routes divergeaient dans un bois jaune … »
(« Two roads diverged in a yellow wood… » tiré d’un poème de Robert Frost, The Road Not Taken)

C’est un drôle de sujet de réflexion pour une fin de journée.


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Miam, de la confiture

28 Juillet 2008 – localisation : Tacoma – humeur : occupée

Aujourd’hui, nous avons mélangé des myrtilles, des pêches et quelques framboises pour utiliser les dernières myrtilles des vignes.

Faire de la confiture, c’est extraordinairement simple. Doser les fruits écrasés et le sucre. Mettre les fruits et la pectine dans une casserole, l’amener à ébullition, puis verser le sucre. Quand le contenu se met à bouillir franchement, le laisser pendant une minute, puis le verser rapidement dans les bocaux propres et chauds, et les sceller. C’est très satisfaisant de produire 24 bocaux de confiture si rapidement. Toute la maison sent une odeur merveilleuse. Et nous avons eu la chance de profiter de quelques jours plus frais pour faire tout ça. Les couleurs des différentes confitures sont très jolies. La pêche est dorée, et le mélange framboise/pêche a donné un rouge écarlate.

Quand les couvercles des bocaux se bombent, vous savez que c’est hermétiquement fermé. Alors je les étiquette, et je les range sur l’étagère dans le garage.

Seulement cette fois, ma fille adolescente m’a précédée. Je suis revenue pour trouver le mélange framboise/pêche étiqueté « Confiture du sang de nos ennemis, 2008 ».

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne pense pas que je vais donner ces bocaux dans les paniers de Noël…

Megan


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Vieilles habitudes

27 Juillet 2008 – localisation : le bureau du sous-sol à Tacoma – humeur : penseuse

Cette économie vous semble-elle familière ? En tout cas, à moi oui !

Et je me retrouve à revenir à de vieilles habitudes et manières de penser. La conservation. Soudain je prends l’habitude d’éteindre les lumières. Pas de robinet qui goutte. J’organise mes courses de manière à économiser de l’essence. Je marche plus. Je fais plus de vélo. Je cuisine plus souvent. Je bois l’eau du robinet glacée au lieu de l’eau en bouteille. J’ai même planté plus de fruits et légumes dans mon potager cette année. Des tomates, des concombres, des haricots. Chaque année je fais de la confiture avec les baies et les fruits que je fais pousser, mais cette année j’ai reçu plus de demandes de la part de ma famille et de mes amis. Aujourd’hui j’ai acheté deux caisses en plus de pots à confiture. Jusque là, j’ai fait de la confiture de cerises et baies mélangées. J’ai mis les myrtilles au congélateur et demain je ferai de la confiture de myrtilles. Je suis revenue à l’éthique de ma mère qui consiste à mettre un peu de l’abondance d’aujourd’hui de côté pour les lendemains.

Et, ce faisant, je suis surtout un peu déconcertée de m’en être autant éloignée.

Mes parents viennent de l’époque de la Grande Dépression et des pénuries en Angleterre pendant la seconde Guerre Mondiale. J’ai grandi dans une maison où les choses étaient réparées et conservées, et non pas jetées pour le ‘nouveau modèle amélioré’. Les vêtements étaient raccommodés et transmis aux frères et sœurs plus jeunes, ou aux cousins. Les voitures étaient réparées, souvent sur la route devant la maison. Si une radio cessait de fonctionner, on en ouvrait l’arrière pour voir si un fil ne s’était pas desserré, ou si un des joints de soudure n’avait pas lâché. Et nous n’étions pas les seuls. La plupart de nos voisins et amis faisaient de même. Les premières années de mon mariage, quand les finances étaient serrées, j’étais fière de la manière dont je me débrouillais. À partir d’un poulet entier je faisais du poulet rôti un soir, des sandwiches au poulet le lendemain, et de la soupe de poulet le jour d’après. Les restes de légumes servaient pour faire du bouillon. Les croûtons de pain devenaient du pudding, ou étaient intégrés dans le pain de viande. Les vieux jeans servaient à faire des raccords, des chiffons et des duvets. Nous fumions et mettions en conserve notre saumon et notre viande de chevreuil, produisions nos confitures et nos sirops, et faisions pousser une bonne partie de nos légumes.

Mais d’une certaine façon, au cours du temps, alors que les enfants grandissaient et que nos revenus augmentaient, je suis devenue bien plus négligente. J’ai gaspillé de la nourriture d’une manière qui aurait fait se dresser les cheveux de ma mère sur sa tête. J’ai conduit les enfants à des endroits où ils auraient dû se rendre à pied ou à vélo. Je me suis débarrassée de vêtements que ma mère aurait raccommodés ou réutilisés. Je l’ai fait parce que je pouvais le faire. Je pouvais me permettre de gaspiller. J’ai vu tellement d’autres personnes faire de même que ça a commencé à me paraître normal. Ça ne me semble pas très admirable, maintenant que je m’arrête pour y penser.

Étrange de le dire, ça fait du bien de se remettre à l’économie. Comme si c’est là que j’aurais dû rester. Peut-être que c’est le gêne de petite vieille qui devient actif !

Peut-être qu’avant que tout soit fini, nous serons contents d’être revenus à certaines de nos anciennes habitudes. J’avoue ne pas être à l’aise quand je me demande quels vont être les prix de l’huile de chauffage cet hiver. Ils ne vont pas être moins chers, ça c’est sûr. Il est temps de repenser aux rideaux isolants, de vérifier le filtre de la chaudière, de nettoyer les canalisations et de re-isoler les ouvertures de la maison. Temps de racheter des sweaters à porter dans la maison, et une couverture pour le canapé pour regarder la télévision confortablement. Se pelotonner contre votre mari ou vos enfants n’est pas franchement une sinécure !

D’après ce que j’ai lu dans les journaux, les champs ont vraiment pris un coup cette année à cause du temps. Et auparavant, beaucoup de maïs a été dérivé de la chaîne d’alimentation pour en faire de l’éthanol. Ce qui m’amène à une autre question dérangeante. Quand le prix du grain augmente comme c’est le cas, le prix du pain, des céréales et des pâtes augmente. Il s’agissait des aliments bon marché, les aliments que les mères de familles pouvaient utiliser pour enrichir un repas. Regardez les recettes de l’époque de la Dépression, et vous en trouverez de nombreuses à base de céréales. Alors je me demande quels vont être les aliments bon marché de cette décennie. Les pommes de terre ? Les courges ? Les navets ? :) Ce soir à l’épicerie, une boîte de macaronis au fromage, les préférés des enfants, était vendue 1$. Même chose pour un paquet de riz tout fait. Le prix du pain a augmenté. Le prix des céréales continuant à augmenter, ce sera également le cas du bœuf et du poulet, parce que les vaches et les poulets mangent du grain.

Alors, je suppose qu’il est temps de se remettre à réfléchir. De prévoir. De partager avec ses voisins.

Une économie qui se durcit pourrait être une bonne chose pour moi, en fait.


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